- texte © Delphine Barrais -
Alexandre Soljenitsyne a dit un jour de son exil forcé par-delà la Sibérie : « La taïga ne pardonne pas. Elle n'écoute pas les plaintes, elle ne voit pas les larmes. Pour elle, un homme n'est qu'un morceau de bois qui doit soit brûler pour chauffer les autres, soit pourrir sous la neige. » C'est dans cette nature impitoyable que le peuple autochtone Aïnous (アイヌ ou Ainu, signifiant « humain » dans leur langue) puise ses origines. Il a longtemps occupé de vastes régions froides et hostiles : de Sakhaline au nord de l’île d’Honshu, en passant par Hokkaidō et les îles Kouriles. Un certain mystère a toujours entouré les Aïnous. Leurs origines furent longtemps sujettes à controverse. Désormais, il est communément accepté que les Aïnous sont les descendants du peuple Jômonproto-mongoloïde qui vécut à l’âge néolithique japonais (-10 500 à -300 av. J.-C.) et créa la première culture du Japon. Ce peuple animiste de chasseurs-cueilleurs a un profond respect de la nature, régi par le concept des Kamuy (esprits/dieux). Selon eux, chaque chose dans la nature possède un esprit divin en visite dans le monde des humains. Les Aïnous sont connus pour leur artisanat, et notamment leurs vêtements ornés de motifs géométriques complexes destinés à protéger le porteur des mauvais esprits, mais aussi pour leur tatouage. En particulier celui des femmes qui recouvraient les lèvres pour former un large sourire bleuté s'étirant vers les oreilles. Sous l’ère Meiji, les Aïnous subi une assimilation forcée entraînant petit à petit le déclin de leur culture : les tatouages, la chasse et la pêche ont été prohibés, les terres confisquées, la langue interdite de pratique. Celle-ci, considérée comme « isolat linguistique » car elle n'a aucun lien de parenté avec toute autre langue connue au monde est classée en danger critique d'extinction par l'UNESCO. Il a fallu attendre 2019 pour que les autorités japonaises reconnaissent les Aïnous en tant que peuple autochtone du Japon. Aujourd'hui, ils seraient entre 25 000 et 200 000, mais la honte persiste et la réappropriation culturelle progresse très lentement.